À l’ouverture du procès de Gérard Depardieu pour agressions sexuelles lundi, la tension s’est de suite faite ressentir. Et pour cause, la défense adopte une posture offensive à l’attention des plaignantes. Tension et stratégies dilatoires ont marqué cette première journée.
Une audience sous haute tension
L’acteur de 76 ans, figure emblématique du cinéma français, reste silencieux et évite tout contact visuel avec les nombreuses caméras présentes. Vêtu d’une chemise et d’une veste noires, il s’assoit sur un tabouret face au tribunal. Lorsqu’il est appelé à la barre pour décliner son identité, il s’avance lentement, grimaçant de douleur. Derrière lui, plusieurs de ses proches prennent place. Sa fille, Roxane Depardieu, porte un sweat noir arborant l’inscription « fuck you ». Elle est accompagnée de sa mère, Karine Silla, et de l’acteur Vincent Perez. De l’autre côté de la salle, les plaignantes, Amélie et Sarah (prénoms modifiés), occupent le premier rang. L’une, décoratrice, et l’autre, assistante réalisatrice sur le tournage du film « Les Volets verts ». Toutes deux accusent Gérard Depardieu d’agression sexuelle, de harcèlement sexuel et d’outrages sexistes.
Alors que le procès devait avoir lieu à l’automne, il a été repoussé pour des raisons de santé. Ce sont ces mêmes soucis de santé qui régissent les règles de l’audience. Effectivement, le président du tribunal précise que l’audience ne doit pas dépasser six heures par jour. Il accorde à Gérard Depardieu des pauses, un accès privé aux toilettes et la possibilité de contrôler sa glycémie. Dès les premiers instants, la pression se fait ressentir. D’ailleurs l’avocat de l’acteur, Maître Jérémie Assous, prend rapidement la parole. Dès le départ, il attaque la procédure. Il dénonce une « enquête de police bâclée » et les « méthodes staliniennes » du parquet. À plusieurs reprises, il élève la voix, pointe du doigt les plaignantes. De même, il accuse aussi les journalistes d’avoir participé à un complot contre son client. Il va même jusqu’à affirmer que la police cherche à « faire tomber un monstre sacré ».
Des victimes et témoins dépassées
L’avocate d’Amélie, Maître Carine Durrieu-Diebolt, exprime vivement son indignation. Elle estime que la défense cherche uniquement à gagner du temps pour éviter d’entrer dans le fond du dossier. Le climat se tend davantage lorsque Maître Assous dépose des demandes d’actes sans en avertir les avocats des parties civiles. Amélie et Sarah, quant à elles, paraissent de plus en plus impatientes face aux manœuvres de la défense. Amélie relate un épisode troublant. Selon elle, lors d’une conversation sur le plateau, Gérard Depardieu aurait soudainement crié qu’il voulait un « ventilateur » en prétextant qu’il ne pouvait « même plus bander » à cause de la chaleur. Il aurait ensuite affirmé pouvoir « faire jouir les femmes sans les toucher ». Plus tard, il l’aurait attrapée violemment, bloquée avec ses jambes et touchée de manière inappropriée. Lui se défend en parlant d’une altercation où le ton est monté, mais ne reconnait pas une agression sexuelle. Sarah, de son côté, accuse l’acteur de lui avoir touché la poitrine et les fesses lors du tournage en août 2021.
Ancienne icône du cinéma français, Gérard Depardieu nie les accusation depuis toujours. Durant le début de la deuxième journée de ce procès, il affirme à la barre : « Je ne vois pas pourquoi je m’amuserais à peloter une femme, des fesses, des seins, je ne suis pas un frotteur dans le métro ». Pourtant ces accusations ne sont pas un cas isolé. Plusieurs actrices affirment en avoir été témoins. De plus, Gérard Depardieu fait l’objet d’autres accusations similaires. Une vingtaine de femmes ont dénoncé des comportements inappropriés de sa part, mais plusieurs affaires ont été classées pour prescription. En août dernier, le parquet de Paris a requis un procès pour viols et agressions sexuelles contre l’acteur, suite à une plainte déposée en 2018 par la comédienne Charlotte Arnoult. Présente dans la salle, l’actrice Anouk Grinberg, manifeste bruyamment son mécontentement. Ainsi, elle se fait expulser. « Je n’ai plus supporter d’entendre autant de mensonges » a-t-elle confié à sa sortie.
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